Le sénat américain émet un rapport sévère sur le prix très élevé du Sovaldi contre l’hépatite C


WASHINGTON DC – Selon une enquête du sénat américain parue début décembre 2015, la société américaine Gilead, qui commercialise notamment le Sovaldi dans la lutte contre l’hépatite C, aurait placé son intérêt financier avant celui des patients.  Dans un rapport "bipartisan", c’est-à-dire provenant autant des Démocrates (au centre, centre-gauche sur l’échiquier politique) que des Républicains (droite), un comité financier du sénat (Senate Finance Comittee) a conclu que Gilead recherchait le maximum de bénéfices, malgré le fait que des analyses internes de la firme aient montré qu’un prix plus bas aurait permis de soigner davantage de patients. Ce rapport a porté sur un travail d’enquête de 18 mois.

Gilead Sciences

La société Gilead Sciences basée à Foster City, au sud de San Francisco (Californie) n’est pas d’accord avec les conclusions de ce rapport et estime n’avoir rien à se rapprocher dans la fixation du prix. Gilead évalue à plus de 600'000 le nombre de patients déjà soignés par la Sovaldi dans le monde, depuis son introduction sur le marché il y a environ 2 ans. Seulement aux Etats-Unis, plus de 3 millions de personnes souffrent d’hépatite C, soit environ 1% de la population. Dans le monde on estime qu’environ 150 millions de personnes souffrent de la forme chronique de l’hépatite C et certains pays comme la Chine ou l’Egypte sont très touchés. En Suisse, entre 50'000 et 70'000 personnes sont porteuses du virus de l'hépatite C. 
La filiale suisse de Gilead est basée à Zoug.

Coûts astronomiques

Aux Etats-Unis, le Sovaldi coûte USD 1’000.- par comprimé/gélule, il en faut 84 pour une cure complète, soit un total par patient de USD 84'000.-. Medicare (l’assurance maladie pour les retraités, pour résumer de façon simple) prévoit de dépenser plus de 9 milliards de dollars en 2015 pour rembourser les médicaments contre l’hépatite C comme le Sovaldi. Le problème est que plus de 3 quarts des personnes touchées par l’hépatite C sont des baby-boomers, c’est-à-dire des personnes qui vont être ou sont déjà à la retraite. Medicare doit donc assumer des coûts extrêmement élevés. Medicaid, une assurance fédérale pour les personnes à bas revenu aux Etats-Unis, a déjà restreint l’accès à ce médicament dans de nombreux états.

Gilead commercialise un autre médicament contre l’hépatite C, l’Harvoni, qui coûte aux Etats-Unis encore plus cher que le Sovaldi, soit USD 94'500 pour un traitement complet. Harvoni est très efficace et plus simple à prendre que le Sovaldi.
En savoir plus sur le Sovaldi en Suisse

Situation pas unique

Malgré le fait que ce rapport se soit concentré sur le Sovaldi, les politiciens mettent en garde qu'à l’avenir d’autres médicaments pourraient être mis sur le marché avec des prix autant élevés, pour des maladies comme le diabète, l’Alzheimer ou le cancer, ce qui pourrait devenir un vrai souci pour le financement des systèmes de santé.

En France aussi, l’Assurance maladie s’est montrée préoccupée ces dernières semaines à cause de prix si élevés. 

Analyse

Il ne faut pas oublier que le Sovaldi et l’Harvoni permettent dans la grande majorité des cas d’éliminer le virus de l’organisme. Autrement dit, le coût est très élevé au début mais une fois soigné, la personne ne doit plus prendre de médicament et par définition l’industriel ne gagne plus d’argent une fois la personne guérie. Les Américains parlent de « cost per cure » (coût pour la guérison). A la différence par exemple des statines qui sont prises en général à vie, l’industrie pharmaceutique a une obligation de gagner de l’argent rapidement avec ce nouveau type de traitements pour rembourser les coûts toujours plus élevés en recherche et développement (R&D) qui se montent facilement à plus d’un milliard de dollars. Tout indique toutefois que Gilead ait un peu exagéré, en fixant un prix trop élevé, vu que même la droite américaine (Républicains) émet une critique assez sévère.

En Suisse, nous n’avons pas pris connaissance d’un rapport d’enquête parlementaire sur ces médicaments contre l’hépatite C, il faut dire que l’industrie pharmaceutique est très importante pour la prospérité de ce pays. Des prix très élevés pénalisent les caisses maladie suisses et donc les citoyens en général mais d’un autre côté garantissent de nombreux emplois et salaires élevés (donc impôts) dans l’industrie pharmaceutique, notamment à Bâle, et fortifient la monnaie suisse. 

Lire aussi :
- Un médicament révolutionnaire mais hors de prix
- dossier complet sur l'hépatite C (Creapharma.ch)
Hépatite C, accord trouvé pour le médicament le plus cher de l’Assurance Maladie (novembre 2014)

Le 7 décembre 2015. Par Xavier Gruffat (pharmacien, MBA). Sources : Associated Press (2 décembre 2015) – Creapharma.ch (articles sur l’hépatite C et le Sovaldi), France Info

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