Des tests ADN pour mieux vieillir, tendance qui séduit les Suisses


GENEVE - Vieillir mieux et moins vite: venu des pays anglo-saxons, le phénomène de l'"anti-aging" gagne la Suisse où la lutte contre le vieillissement connaît un succès croissant. En recourant à des tests ADN, de plus en plus de personnes veulent savoir l'âge de leur corps ou leur prédisposition à certains types de maladies afin d'adapter leur mode de vie en conséquence.

C'est durant le Covid que les Suisses ont pris conscience "en masse" de l'impact bénéfique d'une vie saine pour freiner le temps qui passe et se sont intéressés de plus près aux méthodes pour y parvenir, observe Semira Gonseth Nusslé, qui a fondé en 2019 avec son mari Sébastien Nusslé la jeune pousse Genknowme.

Sis à Epalinges, dans le canton de Vaud, ce laboratoire est le seul pour l'heure en Suisse à effectuer des tests dits épigénétiques. En analysant l'ADN d'un patient, ceux-ci déterminent son âge biologique, qui peut différer de plusieurs années de son âge chronologique.

"L'âge biologique nous permet de voir à quel point un individu a déjà brûlé la chandelle par les deux bouts ou pas, c'est-à-dire si son organisme fait face à un vieillissement accéléré ou si, au contraire, il a un vieillissement ralenti, ou alors s'il se trouve dans la norme", expose la scientifique à l'agence AWP.

Depuis l'épidémie, les tests livrés par Genknowme à des professionnels de la santé et à diverses cliniques pour un montant qui va de 500 à 1000 francs sont toujours plus demandés. L'entreprise a enregistré une nette progression des revenus qu'elle ne souhaite pas divulguer, de 20% en 2025, après une croissance des ventes d'environ 50% au premier semestre.


Vers la médecine du futur

Au moyen d'une prise de sang, le test effectué par Genknowme analyse les modifications chimiques sur l'ADN (méthylation) qui répriment ou favorisent l'expression de certains gènes, ce qui révèle l'âge biologique d'une personne. "Ce processus est le reflet de notre environnement, notre mode de vie et de nos gènes", relève la chercheuse.

Sur les millions d'endroits de l'ADN où ces marqueurs chimiques sont repérables ou pas, le laboratoire peut en examiner en détail "plusieurs dizaines". "Nous interrogeons différents impacts, en isolant par exemple celui du tabac, de la consommation d'alcool, de la qualité de l'alimentation ou encore du stress". Les avancées scientifiques donnent accès au déchiffrement d'un nombre croissant de marqueurs, prometteur en matière de diagnostics médicaux.

Pour l'heure, Genknowme ne peut effectuer de tests qu'en dehors du domaine médical, selon l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). "La condition préalable est qu'aucune information médicalement pertinente ne soit prélevée", a précisé une porte-parole à AWP.

La société, spin-off du CHUV, ne cache cependant pas que la prochaine étape est de procéder à des diagnostics médicaux et qu'elle devrait en obtenir l'autorisation "d'ici la fin de l'année".

Bientôt remboursés ?

Elle a du reste été approchée par plusieurs assureurs maladies et mène avec deux d'entre eux des "discussions avancées" afin que les tests épigénétiques soient partiellement remboursés par les complémentaires, ce qui devrait arriver "tout bientôt", selon sa responsable.

Quant aux risques que cela pourrait poser pour les données des personnes, Mme Gonseth Nusslé soutient que les assureurs ne s'intéressent aux tests ADN "que pour améliorer les modes de vie". Le laboratoire travaille de manière anonymisée, sans aucun nom de patient, souligne-t-elle. Du côté de l'OFSP, on rappelle que la loi sur l'analyse génétique humaine (LAGH) interdit notamment aux assurances d'utiliser de telles données dans le domaine non médical et qu'il existe "des exigences strictes" concernant les données génétiques du domaine médical.

A Clarens, la clinique Swiss Center for Genetics s'est déjà lancée dans l'analyse de données à des fins médicales. Elle propose des tests SNP (polymorphismes nucléotidiques simples) via prélèvement buccal qui détectent des variations d'un seul nucléotide dans l'ADN pour évaluer les prédispositions à des maladies, notamment.

Au contraire des tests épigénétiques, qui peuvent s'effectuer plusieurs fois durant une vie et donnent une indication à un moment donné, un test SNP ne s'effectue qu'une seule fois, dans le but de prédire l'évolution de la santé d'un individu à travers ses points forts et points faibles. "Nous pouvons agir de manière très ciblée pour prévenir" les maladies, explique sa directrice Maria Mjaaland.

Là aussi, ces tests, qui sont vendus "à de nombreux médecins et cliniques en Suisse et en Europe" pour un prix variant entre 300 à 750 francs, "gagnent en popularité puisque les praticiens s'intéressent de plus en plus aux stratégies préventives pour leurs patients", relève-t-elle, sans vouloir donner de chiffres.

"Je le constate particulièrement dans le domaine de la santé féminine, car nous assistons à une évolution importante en matière de personnalisation des soins de santé pour les femmes et de prise en charge des maladies chroniques avant qu'elles ne se développent", note la scientifique.

Le 16 janvier 2026. Sources : Keystone-ATS. Crédits photos: Adobe Stock, Pixabay ou Pharmanetis Sàrl (Creapharma.ch).

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