Drame de Crans-Montana : 8 leçons à retenir du terrible incendie du club « Kiss » au Brésil

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SAO PAULO - Le 27 janvier 2013 à environ 3h15 du matin un terrible incendie a mené à la mort de 242 personnes et de plus de 600 blessés dans la discothèque ou club « Kiss » à Santa Maria (état de Rio Grande do Sul) dans le sud du Brésil. L’enquête a montré que l’incendie a également été provoqué par une mousse acoustique posée au plafond qui n’était pas ignifuge. Le feu s’est propagé par un engin pyrotechnique allumé par les membres du groupe de rock (pop) jouant dans la discothèque. En trois minutes environ, une épaisse fumée s'est répandue dans toute la discothèque. De nombreux étudiants de cette ville de presque 300'000 habitants sont morts pour beaucoup par asphyxie. Treize ans plus tard, c’est Crans-Montana (VS) dans le bar « Le Constellation » qui est très durement touché avec 40 morts et une centaine de blessés graves. Le drame suisse serait dû à des feux des Bengales fixés sur des bouteilles de champagne portées par les serveurs (ou serveuses ?) comme on a pu le voir sur des photos prises dans le bar.

Enquête complexe

Les enquêtes au Brésil ont compris une enquête policière, une procédure judiciaire et une commission d'enquête parlementaire.

Nous avons mené l’enquête au Brésil en analysant la presse (en portugais) et d’autres ressources pour comprendre les similitudes de ces deux histoires tragiques qui ne devraient plus jamais se reproduire. L’aspect juridique est très important pour comprendre ce qui nous attend en Suisse, malgré des différences dans l’application du droit entre les deux pays. L’article ne se veut pas une référence juridique mais cherche à amener des pistes de réflexion.


1. De nombreuses erreurs graves en cascade

Ce qui ressort du drame au Brésil en 2013 est la somme énorme d’erreurs des propriétaires de la discothèque Kiss ainsi que des autorités de contrôle de la ville de Santa Maria, comme les pompiers qui au Brésil doivent examiner les lieux. Comme lors d’un crash d’avion, on sait qu’il faut souvent plusieurs erreurs en cascade pour mener à un événement dramatique.
Trop de monde
Les propriétaires affirmaient qu'ils devaient organiser l'entrée en raison du nombre excessif de clients, qui atteignait 1400 payants par nuit. Bien que la capacité du lieu ne dépassât pas 691 personnes, il y avait entre 1000 et 1500 personnes la nuit de l'incendie, selon la police. À Crans-Montana, tout indique que le bar en sous-sol comptait plus de personnes que le nombre autorisé (l’enquête devra encore le monter). 
Mauvais contrôles
L'affaire de la discothèque Kiss a été marquée par une longue série d'erreurs et d'omissions de la part des pouvoirs publics. Par exemple un document précaire émis par les pompiers a été utilisé comme « Plan de prévention et de lutte contre les incendies (PPCI) » le 26 juin 2009. D'août 2010 à août 2011, la discothèque Kiss n'avait pas de permis des pompiers, qui n'a été renouvelé que le 9 août 2011 et à la date de l'incendie en janvier 2013, le permis était à nouveau périmé. La liste est compliquée (sur la page Wikipedia en portugais du drame vous trouverez un résumé complet).
Comparaison avec la Suisse
La commune de Crans-Montana a reconnu qu’aucune inspection sécurité et incendie du bar n’a été effectuée depuis 2019 (soit plus de 5 ans), suscitant la consternation de certaines familles.
Mousse
La mousse utilisée pour l'isolation acoustique dans la discothèque « Kiss » était courante à Santa Maria au Brésil. Il s'agissait d'une mousse de matelas utilisée dans les discothèques, les bars, les clubs et autres lieux proposant de la musique live. Au départ, elle était utilisée à la demande des DJ, car elle évitait l'écho et augmentait la clarté des sons graves et aigus. Par la suite, elle a été utilisée comme isolation acoustique interne, afin d'éviter de déranger les voisins. Elissandro Spohr (l’un des gérants de Kiss) l'a utilisée à cette fin, mais la mousse était inefficace pour l'effet escompté, elle a donc été retirée lors de la mise en place d'un projet acoustique au Kiss. Cependant, elle a été remise en place à la demande des DJ afin d'éviter l'écho. Aucun organisme de contrôle n'a remarqué la présence de cette mousse inadaptée. Les pompiers se contentaient d'examiner des éléments tels que les bouches d'incendie et les issues de secours. Les inspecteurs de la mairie n'étaient pas formés pour la reconnaître et même le Conseil régional d'ingénierie et d'agronomie du Rio Grande do Sul ne prenait connaissance de ce matériau que si quelqu'un le dénonçait. Après l'incendie, les éboueurs de la ville ont trouvé d'énormes quantités de mousse jetées par les autres entreprises qui l'utilisaient. Deux d'entre eux ont déclaré avoir collecté 50 sacs pour les vendre à des entreprises de recyclage, car ce type de mousse était devenu un symbole de mort pour le public.
Comparaison avec la Suisse
Tout indique qu’une mousse non ignifuge était posée sur le plafond du bar « Le Constellation » et même sur les murs, selon un article de Insideparadeplatz.ch.  
Engin pyrotechnique
L'engin utilisé par le groupe est connu sous le nom de spoutnik. Selon l'Association brésilienne de pyrotechnie (ABP), il doit être utilisé à l'extérieur et projette des étincelles pouvant atteindre quatre mètres de hauteur, soit plus que la hauteur du plafond de la discothèque. Il doit être posé au sol pour être allumé, dégage une grande quantité de fumée et les personnes doivent se tenir à au moins 10 mètres de l'engin. Il est interdit de l'utiliser dans des lieux fermés et à proximité de matériaux inflammables. Il coûte environ 4 à 5 reais (monnaie du Brésil, soit moins d’un franc au cours de 2026) et est généralement utilisé lors des fêtes de fin d'année.
Comparaison avec la Suisse
Comme on l’a vu, le drame suisse serait dû à des feux des Bengales fixés sur des bouteilles de champagne portées par les serveurs.

2. Personnel pas bien formé ? Sorties de secours

La discothèque Kiss avait déjà fait l'objet d'une action en justice en 2012 pour avoir tenté d'empêcher une personne qui n'avait pas encore payé sa note de sortir. À l'époque, un employé avait déclaré que la politique de l'entreprise était de ne pas laisser partir les clients avant qu'ils aient réglé leur note. La justice avait considéré cette pratique comme une séquestration et condamné la discothèque à verser 10 000 reais (environ 1500 francs au cours de janvier 2026) de dommages et intérêts à la jeune femme qui avait été empêchée de sortir. De plus, après l'incendie, un agent de sécurité qui travaillait depuis plus d'un an dans la discothèque a déclaré n'avoir jamais reçu de formation en matière de sécurité incendie et qu'il n'y avait pas de portes de sortie de secours.
À Crans-Montana, on apprenait par différents médias que le chef du bar « Le Constellation » qui avait commencé au début de la saison d’hiver 2025 voulait donner sa démission. L’enquête devra dire les raisons, il semble qu’il n’appréciait pas d’avoir beaucoup d’adolescents qui n’avaient pas le droit d’être présents et il avait vu des manquements (de sécurité ?). À Crans-Montana, tout indique que la porte de sortie de secours était fermée de l’intérieur, pour éviter que des personnes ne sortent sans payer.

3. Enquête policière (bien faite)

L'enquête policière a désigné 28 responsables de l'accident – y compris le maire (président dans la logique valaisanne) de Santa Maria, mais peu d'entre eux ont été finalement poursuivis par le Ministère public (voir point ci-dessous). Selon nos informations, aucun politicien n’a finalement été poursuivi et condamné par le Ministère public, il s’agit surtout des propriétaires de bar et de musiciens, notamment celui qui a mis le feu.

4. Le rôle (problématique, en tout cas trouble) du Ministère public

Il est très important de bien comprendre le rôle du Ministère public dans un pays, canton (Suisse) ou état (Brésil). Certaines personnes vont jusqu’à affirmer que c’est l’institution la plus importante dans une démocratie (ce que je pense aussi). Pour résumer, le Ministère public mène les enquêtes pénales, dirige la police durant l’instruction et décide s’il y a lieu de traduire une personne devant un tribunal. Sa responsabilité est énorme. Le Ministère public est « l’accusateur public » qui veille à l’application du droit pénal. En Suisse, il existe un Ministère public de la Confédération (MPC) et chaque canton dispose de son propre Ministère public. Certaines affaires ne peuvent être traitées que par le MPC comme lors de criminalité organisée. Selon les informations à disposition début janvier 2026, le Ministère public valaisan devrait être responsable de l’affaire et non pas le MPC.
Au Brésil, le MPC a même fait un procès pour calomnie et diffamation aux familles des victimes (lire aussi ci-dessous).

5. Association des victimes

Comme on le voit bien dans la série sur Netflix « Tous les jours la même nuit » fortement inspirée du drame, basée sur un livre, les familles de victimes ont rapidement créé une association. Le but principal était assez rapidement que justice soit faite et d’arriver à condamner les responsables. L'AVTSM (Association des familles des victimes et des survivants de la tragédie de Santa Maria, en portugais : Associação dos Familiares de Vítimas e Sobreviventes da Tragédia de Santa Maria) a été officiellement créée le 23 février 2013 (certaines sources parlent du 9 février 2013). La mission précise de l’association consiste à garantir les droits et les intérêts ainsi que l'aide et le soutien aux familles des victimes et aux survivants de la tragédie de Santa Maria.
D’ailleurs l'association AVTSM a déclaré dans les médias que la cause était très similaire, à propos de l'incendie en Suisse de 2026.

6. Très long procès – Prison pour seulement 4 condamnés

Il est difficile de comparer les deux pays, même si ce sont deux États de droit qui s’inspirent beaucoup des États-Unis (Suisse moderne après 1848, Brésil après la démocratie dans les années 1990).

Par exemple, 6 ans après le drame (2019) aucun des propriétaires du club Kiss ou des autorités de Santa Maria ne se trouvaient en prison, selon un documentaire publié sur YouTube (https://www.youtube.com/watch?v=ptoBtFshIB4).

Jury populaire
Les enquêtes comprennent une enquête policière, une procédure judiciaire et une commission d'enquête parlementaire. Après avoir été inculpés par le juge Ulysses Fonseca Louzada, et la décision ayant été confirmée par la Cour supérieure de justice, les deux associés de la discothèque Kiss, le chanteur du groupe Gurizada Fandangueira et l'assistant du groupe ont été jugés par un jury populaire pour homicide volontaire avec intention éventuelle. Afin d'assurer un procès plus impartial et loin de la ville où l'incendie s'était déclaré, le transfert du procès a été accordé et l'affaire a été renvoyée à la capitale de l'État, Porto Alegre. Les quatre accusés ont été reconnus coupables par le jury populaire et condamnés à des peines allant jusqu'à 22 ans et six mois d'emprisonnement.

La Cour d'appel de l'État de Rio Grande do Sul a jugé les recours de la défense, qui alléguait l'existence de plusieurs vices de procédure. Le jugement a eu lieu le 3 août 2022 et a abouti à l'annulation des condamnations et de l'ensemble du procès devant jury, depuis la phase de sélection des jurés jusqu'au verdict. L'annulation a été prononcée à la majorité de deux voix contre une, et était principalement fondée sur la méthode de sélection des jurés, qui n'était pas conforme au Code de procédure pénale. Tous les accusés ont été libérés le jour même de l'annulation du procès.

Le 2 septembre 2024, le ministre de la Cour suprême fédérale (STF), Dias Toffoli, a accepté les recours présentés par le ministère public de Rio Grande do Sul et le ministère public fédéral (MPF), et a rétabli la validité du jury qui avait condamné les quatre accusés pour l'incendie de la discothèque Kiss, à Santa Maria. Le lendemain, les associés de la discothèque Kiss, Elissandro Callegaro Spohr et Mauro Londero Hoffman, se sont présentés à la police civile après la décision du ministre de la STF et ont été transférés à la prison d'État de Canoas (Pecan). [54]

Le 4 février 2025, lors d'un procès collégial, la Cour suprême fédérale (STF) a décidé à la majorité de maintenir les condamnations des quatre accusés.

Le dossier a été renvoyé à la Cour de justice de Rio Grande do Sul et les recours ont été examinés par la 1ère chambre pénale spéciale du TJRS le 26 août 2025, qui a maintenu la validité du jury constitué en 2021, mais a redimensionné les peines des accusés, fixées comme suit, avec maintien des peines d'emprisonnement :
- Elissandro Callegaro Spohr – 12 ans d'emprisonnement
- Mauro Londero Hoffmann – 12 ans d'emprisonnement
- Marcelo de Jesus dos Santos – 11 ans d'emprisonnement
- Luciano Bonilha Leão – 11 ans d'emprisonnement

En septembre 2025, les quatre condamnés ont été autorisés à passer en régime semi-ouvert (un moment en prison comme la nuit et le jour libre), après avoir purgé 1/6 de leur peine.

7. Pompiers – terrible épreuve

N’oublions pas les pompiers qui ont autant à Santa Maria qu’à Crans-Montana joué un rôle crucial pour sauver le maximum de vies. Ce qui ressort dans l’épisode 3 de la série de Netflix sur le drame du Brésil est que presque tous les pompiers ont eu besoin d’un soutien psychologique. Comme à Crans-Montana ils ont vu une véritable zone de guerre. Au Brésil les pompiers étaient frustrés de ne pas avoir pu sauver plus de vies, rappelons que la majorité est morte par asphyxie de gaz de toxique. Il semble qu’à Crans-Montana la mort ait surtout été par brûlures vu l’état des corps difficiles à identifier.  À Crans-Montana il y a eu un flashover. Lorsque de l'oxygène entre en contact avec ce gaz inflammable à haute température, un auto-embrasement spontané de tous les objets surchauffés survient. L'embrasement généralisé éclair, ou flashover en anglais, est un phénomène thermique, une phase du développement d'un feu dans un local semi-ouvert où l'apport de comburant se fait de moins en moins.

8. Blessés

Last but not least. Dans la série Netflix, on peut voir toute la souffrance des blessés. Ils ont pour certains passé des longs mois à l’hôpital en subissant plusieurs chirurgies et de terribles souffrances. En Suisse, de nombreux blessés sont toujours soignés dans des hôpitaux du pays mais aussi à l’étranger en Europe comme en France à Metz.

Le 9 janvier 2026. Par Xavier Gruffat. V.1.0 de l’article (en cas d’erreurs n’hésitez pas à nous contacter).

Sources : Ufsm.br, Keystone-ATS, Le Figaro, série Netflix (visionnée en portugais par Xavier Gruffat), https://www.youtube.com/watch?v=ptoBtFshIB4, Zero Hora, page Wikpedia en portugais : https://pt.wikipedia.org/wiki/Inc%C3%AAndio_na_boate_Kiss, Journal de France 2 du 8 janvier 2026, Insideparadeplatz.ch.

Photo: par Wilson Dias - Agência Brasil, CC BY 3.0 br, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=24279318

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