Lunettes et lentilles plus remboursées - Des réactions épidermiques

BERNE -  La suppression de la participation de l'assurance maladie de base aux coûts des verres de lunettes et autres lentilles provoque des réactions parfois irrationnelles. Les opticiens constatent une augmentation sensible de leur clientèle, sans que cela se concrétise toujours par des ventes.

Pour le président des opticiens vaudois Jacques Culand, beaucoup de clients ont réagi "de manière épidermique, voire simpliste" après l'annonce, début décembre, de la suppression des 180 francs alloués par l'assurance de base lors d'achats de lunettes ou de verres de contact. Une contribution disponible chaque année pour les enfants et tous les cinq ans pour les adultes.

Inutile
La demande a certes augmenté, les gens voulant profiter une dernière fois de cette possibilité, ajoute l'opticien. Mais, dans bien des cas, "nous avons dû leur expliquer que leur démarche, dans l'urgence avant le 31 décembre, était inutile", ajoute M.Culand qui se base sur les dernières tendances dans les magasins puisqu'il a rencontré ses collègues en séance la semaine dernière.

Soit ils ont déjà profité de l'aide de l'assurance de base ces cinq dernières années, soit ils n'ont pas encore utilisé leur franchise cette année. Beaucoup disposent en outre d'une assurance complémentaire qui continuera à couvrir les frais de lunettes à l'avenir, a expliqué à l'ATS le président du groupement des opticiens vaudois.

De plus, les clients dont le port de lunettes ou de lentilles est nécessité par des raisons médicales continueront de se voir rembourser leurs coûts, et même jusqu'à 630 francs par an. La loi entend par raisons médicales des modifications de la réfraction dues à une maladie, des modifications après des opérations ou des infections de la cornée.

La myopie n'est pas une maladie

En revanche les problèmes de vue comme la myopie ou la presbytie ne constituent pas des maladies, précise Dominic Ramsbeck, responsable de l'information à la Société des opticiens suisses. Il s'agit là de défauts génétiques ou d'effets naturels liés à l'âge. La décision du Département fédéral de l'intérieur (DFI) de modifier l'ordonnance est donc logique, selon lui.

Dans ces conditions, et parce qu'elle a finalement peu d'influence, les opticiens acceptent la décision des autorités, a ajouté M.Ramsbeck, non sans préciser avoir été "très surpris" par cette annonce des autorités au début du mois. Car les opticiens n'avaient reçu aucun signal de l'Etat, regrette leur porte-parole.

Réactions politiques

Si la profession renonce à se battre, tel n'est pas le cas des politiciens. Après Stéphane Rossini (PS/VS) lundi à l'heure des questions, c'est Thérèse Meyer (PDC/FR) qui sonne la charge sous la forme d'une motion.

Vu la réponse qu'il a donnée à M.Rossini, il y a peu de chance que le Conseil fédéral change son fusil d'épaule. L'exécutif rappelle que la décision du DFI suit les recommandations de commissions spécialisées. Il note que si des prestations sont supprimées, d'autres, à l'image de celles en faveur des personnes souffrant d'une forte obésité, sont ajoutées.

Exception pour les enfants demandée

Le Conseil fédéral estime que cette décision est objectivement justifiée, dans la mesure où les prestations à charge de l'assurance de base - et donc répercutées sur les primes - doivent être liées à une maladie. Les cas de rigueur doivent faire l'objet d'une aide ciblée et relèvent en effet de l'aide sociale.

Dans sa motion, Thérèse Meyer ne vise, elle, que le remboursement des verres et lentilles pour les enfants de moins de 18 ans. Selon elle, une bonne vision est primordiale pour un bon apprentissage à l'école.

Il serait désastreux que des parents doivent renoncer à une correction nécessaire de la vue de leur enfant par manque de moyens, argumente la Fribourgeoise. D'autant qu'il faut aussi assurer le suivi tout au long de la scolarité, ce qui implique des changements de lunettes fréquents pendant la croissance.

ATS, 16 décembre 2010


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