La plupart des allergies à la pénicilline ne seraient qu’un effet secondaire qui ne risque pas de se reproduire


ATHENS (GEORGIE) - Plus de 30 millions de personnes aux États-Unis se croient à tort allergiques à la pénicilline, ce qui entraîne des millions de dollars de coûts supplémentaires en soins de santé, des effets secondaires indésirables liés à l'utilisation d'antibiotiques plus puissants et un risque d'augmentation des infections dangereuses résistant aux antibiotiques. Cette idée reçue qui constitue une menace pour la santé publique pourrait être corrigée, a déclaré Christopher M. Bland, professeur clinicien agrégé au Collège de pharmacie de l'Université de Géorgie lors d’une recherche présentée en octobre 2019 à IDWeek.

Un simple questionnaire

Le prof. Bland préconise de demander à ceux qui se disent allergiques à la pénicilline de répondre à un simple questionnaire d'une page et, si nécessaire, de passer un test cutané pour les allergies à la pénicilline, ou PAST. Dans de nombreux cas, il n’est pas utile de dépasser le questionnaire souligne le chercheur puisque la plupart des patients pensent être sujets à une réaction allergique alors qu’il ne s’agit en fait que d’un effet secondaire qui a pu se produire une seule fois et qui pourrait ne jamais se reproduire. Les patients indiquent généralement qu'ils ont eu des étourdissements ou des nausées après avoir pris de la pénicilline il y a des années ou que leur père était allergique à la pénicilline et, de ce fait, ils pensaient aussi qu'ils étaient allergiques.

La pénicilline n’est pas toujours coupable

Selon le prof. Bland, la pénicilline est souvent blâmée alors qu'elle n'est peut-être pas le coupable. « Même ceux qui ont déjà été allergiques à la pénicilline ne le sont plus aujourd'hui », dit-il. Après cinq ans, des études montrent que la moitié des personnes qui ont eu une réaction allergique à la pénicilline - comme de l'urticaire, une respiration sifflante, un essoufflement ou une anaphylaxie – n’étaient plus allergiques. À 10 ans, ce chiffre grimpe à 80 pour cent.

C’est dans une recherche présentée récemment à IDWeek, la réunion internationale sur les maladies infectieuses, qui s'est tenue à Washington, D.C. que le prof. Bland et ses collègues ont démontré combien d'allergies à la pénicilline ont été supprimées des dossiers des patients après que ceux-ci aient été interviewés par des étudiants en pharmacie de l'UGA.

Une baisse immédiate de 20%

L’équipe de chercheurs déclare être en mesure de réduire immédiatement de 20 % le nombre de personnes qui pensent souffrir d'allergie à la pénicilline, simplement en leur parlant au moyen d’un questionnaire. En effet, les étudiants en pharmacie ont pu démentir l'allégation d'allergie de nombreux patients en obtenant un historique détaillé.

Bien que l'Infectious Diseases Society of America ait recommandé que l'évaluation de l'allergie à la pénicilline soit encouragée comme moyen d'effacer cette étiquette des dossiers médicaux pour ceux qui ne sont pas allergiques, la plupart des études qui ont inclus PAST comme moyen d'y parvenir ont été réalisées dans des centres médicaux universitaires par des allergologues formés. Cependant, il serait tout à fait possible de réaliser cette évaluation dans les hôpitaux qui n'ont pas d'allergologues formés et spécialisés au sein du personnel.

Aucune allergie réelle

Dans une étude ultérieure, le prof. Bland et ses collègues ont constaté que le PAST administré à des patients qui croyaient être allergiques à la pénicilline - l'antibiotique le plus efficace disponible avec le moins d'effets secondaires possibles - ne montrait aucune allergie réelle.

Les résultats de ces recherches ont été publiés dans Open Forum Infectious Diseases. Les chercheurs ont travaillé avec les infirmières de l'hôpital Candler et ont constaté que les tests cutanés pouvaient être effectués en toute sécurité dans un hôpital communautaire. Lorsque des tests cutanés ont été effectués à l'hôpital par des infirmières qualifiées, 98 des 100 patients de l'étude qui avaient une allergie à la pénicilline dans leur dossier médical ont été jugés non allergiques à l'antibiotique.

Une économie moyenne de USD 350 par patient

Cela a permis l’adoption immédiate d’un antibiotique de type pénicilline pour la plupart des patients. Ce type d’antibiotique est, en effet, souvent plus sûr et moins coûteux. Il améliore les résultats et réduit les effets indésirables. En plus de l'avantage pour la santé publique, les économies en soins de santé se chiffreraient en dizaines de millions de dollars par année si les patients pouvaient revenir à la pénicilline plutôt qu'à des traitements antibiotiques plus coûteux. L'étude menée au Candler Hospital a révélé une économie moyenne de USD 350 par patient, ce qui comprend le coût du test cutané.

Le 04 novembre 2019. Par la rédaction de Pharmapro.ch (supervision scientifique par Xavier Gruffat, pharmacien). Sources : Communiqué de presse de l’étude (en anglais) de l'University of Georgia. Références : Meeting IDWeek, Open Forum Infectious Diseases (remarque : Pharmapro.ch n'a pas réussi à trouver le DOI de cette étude). Crédit photos : © 2019 Pixabay

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