Mieux comprendre les brûlures avec l'infirmière spécialisée Charlotte Wautelet


Charlotte Wautelet est infirmière urgentiste et intensiviste de formation. Elle s'est ensuite spécialisée et formée dans le domaine de la brûlure. Elle a eu l'occasion de découvrir plusieurs centres de traitements des brûlures (Suisse, Belgique et France). En effet, dès 2014, Mme Wautelet a travaillé aux soins intensifs et dans le centre romand des brûlés en tant qu'infirmière certifiée et référente. Avec l'ensemble de l'équipe pluridisciplinaire, elle s'est investie auprès des patients et de leurs proches. Désormais elle prodigue des formations spécifiquement sur les brûlures, y compris pour les pharmaciens (plus d'informations en bas de l'article).

Remarque : les réponses ci-dessous apportées par Mme Wautelet ne se veulent pas exhaustives ou complètes mais sont plus à prendre comme un résumé ou take-away, ce qui permet de rendre le texte plus digeste.

Pharmapro.ch - On a tous appris les 3 stades de la brûlure, est-ce toujours d'actualité ou les spécialistes utilisent d'autres classifications ? (peut-être expliquer éventuellement des sous-stades?)
Charlotte WauteletEn Suisse, les trois stades de la brûlure sont toujours d'actualité: 1er degré, 2ème degré superficiel, 2ème degré profond et 3ème degré. Néanmoins, dans la littérature française, vous pouvez entendre parler de "4ème degré". Ce dernier définit le stade de carbonisation repris, en Suisse, dans le 3ème degré. Il est important de savoir que chaque stade de brûlure peut évoluer et s'aggraver vers un stade plus profond. De plus, une brûlure est rarement représentée par un seul stade. L'évaluation clinique est primordiale pour orienter le plus adéquatement le patient.

En pharmacie d'officine, la grande difficulté est probablement le triage. Savoir quand il est possible de soigner à l'officine ou en automédication et quand il faut orienter vers un médecin ou même aux urgences. C'est d'ailleurs probablement un aspect important de votre formation pour les pharmaciens ?
Tout à fait, la responsabilité est grande, d’où mon étonnement de l'inexistence de formation spécifique sur le sujet. Nous nous brûlons pourtant depuis la nuit des temps ! Je mets un point d'honneur à ce que les pharmaciens (H/F) repartent de la formation que je dispense avec des outils pratiques utilisables directement ainsi que des ressources. L'acquisition de ces compétences est d'ailleurs mise en situation lors d'ateliers de simulation.

En cas de brûlures graves nécessitant les urgences, pouvez-vous nous rappeler ou expliquer les principaux gestes à effectuer en attendant l'arrivée des secours ?
Il faut déjà éclaircir le concept de "brûlure grave". Ensuite, il faut connaître l'étiologie de la brûlure (thermique, chimique, électrique et/ou radique) et respecter la chaîne de secours. Dans la majorité des cas, le cooling de 10-15 min dans la première heure est toujours d'actualité. Mais attention, comme je le répète de nombreuses fois lors de mes formations: "Il faut refroidir la brûlure, pas le brûlé". Des ateliers de simulation adultes et pédiatriques sont proposés lors des journées de formation pour que ces gestes d'urgence soient intégrés.

Quelle molécule (médicament) recommandez-vous lors de brûlures du 1er ou 2ème degré sans complication, une substance qui selon vous a fait ses preuves pour calmer et désinfecter lors de brûlures ?
Tout d'abord, sachez que je n'ai aucun conflit d'intérêt et que mes paroles ne sont pas paroles d'évangile.
Avant toute chose, il n'y a pas de recette magique. L'anamnèse doit être complète. La localisation et l'étendue, par exemple, déterminent le choix du traitement. D'un point de vue cutané, pour le 1er degré, une hydratation régulière suffit. Concernant le 2ème degré, pour commencer, il faut savoir quoi faire des phlyctènes. Ensuite, l'évaluation et le suivi vont permettre de déterminer s'il s'agit d'une brûlure superficielle et/ou profonde. Pour la "cloque" dûe aux nouvelles chaussures, rien de révolutionnaire, un hydrocolloïde semble adéquat. Dans d'autres cas, une crème cicatrisante et désinfectante est efficace, dans d'autres situations les hydrofibres vont permettre une cicatrisation optimale. En ce qui concerne le 2ème degré profond, une évaluation plus poussée est requise. Par contre, si vous souhaitez une procédure générale, le traitement local de première intention valable pour tous les degrés de brûlure est le sulfadiazine argentique. En cas de doute, il vaut mieux consulter un professionnel de santé, comme votre pharmacien par exemple. Grâce à sa participation à la formation ARDEAT, il sera en mesure de prodiguer des conseils et une orientation de qualité. Ce qu'il faut éviter de faire, c’est d’appliquer une recette de grand-mère, attendre sans rien faire, mettre des compresses sur la peau directement et/ou mettre des produits colorés. Attention, une antalgie adaptée est essentielle. J'aime aussi souligner le fait que le traitement des brûlures dépasse la prise en charge exclusivement cutanée. Elle est bien plus complète et longue. Même si la brûlure est peu profonde, un parent ayant renversé sa tasse par inadvertance sur son bébé peut être traumatisé. La brûlure a la capacité d'engendrer beaucoup de stress ainsi qu'un grand nombre de mécanismes de défense et d'adaptation. Il est simple d'imaginer qu'une personne sévèrement brûlée au visage a besoin d'un suivi complexe et adapté.

On sait que les enfants sont souvent atteints de brûlures, surtout avec de l'eau chaude ou bouillante dans la cuisine. Quel est le premier réflexe qu'une personne autour de l'enfant doit avoir pour prendre en charge la brûlure ?
En effet, la brûlure thermique par liquide chaud touche beaucoup trop d'enfants. Environ 200 d’entre eux sont suivis chaque année pour des brûlures au CHUV. Avant l'accident, de nombreux actes de prévention peuvent être mis en place. L'un des conseils que j'ai à transmettre est de ne jamais porter un enfant en tenant une tasse de liquide chaud. Malheureusement, les accidents ne peuvent pas toujours être évités. Dans ce cas, j'invite la personne responsable de l'enfant à réagir directement en retirant la source de chaleur.

Pour la suite (dans les grandes lignes):

- Mettre sous l'eau fraîche la zone brûlée pendant 10 minutes.

- Pendant ce temps: consoler l'enfant, le calmer et le distraire.

- Réchauffer l'enfant pour éviter l'hypothermie (particulièrement la tête) avec des draps propres.

- En fonction du statut cutané et général: traiter, consulter ou appeler le 144.

Il est à signaler que toute brûlure électrique nécessite une admission hospitalière.

Il y a une certaine confusion entre les différentes sources (ex. Mayo Clinic) sur le temps de refroidissement d'une brûlure à l'eau courante à environ 15°C, est-ce plutôt 10, 15 ou 20 minutes ?
Les dernières recommandations proposent un temps de refroidissement dans la première heure (cooling) de 10 minutes à l'eau courante la plus froide possible (selon tolérance du patient). En effet, la littérature décrit des propositions allant jusqu'à 20 min, ce qui peut entraîner une certaine confusion. Il y a aussi la règle des 3 x 15: 15 minutes à 15°C à 15 cm du robinet. Aujourd'hui l'intérêt est qu'il faut que ce soit réalisable et ce, en situation de stress. Qui sort sa règle pour mesurer la distance entre la sortie du robinet et sa peau ? Mesurons un peu l'intérêt et le bénéfice pour la société de retenir les informations les plus utiles. Lors de mes formations, j'en appelle au bon sens de chacun. Si la victime de brûlure grelotte, il faut arrêter immédiatement la procédure et passer à l'étape de prise en charge suivante.

Vous le rappelez bien sur votre site, les gelures font aussi partie des brûlures. Expliquez-nous rapidement ce qu'est une gelure et comment la soigner ?
La gelure est une brûlure thermique survenant à la suite d'une exposition au froid. L'action du froid antalgie et vasoconstricte ce qui approfondit davantage l'atteinte. Les extrémités sont les plus souvent touchées. La conduite à tenir est d'éliminer l'agent causal, sécher si nécessaire, dégager le membre en évitant tout garrot pour permettre une vascularisation maximale puis réchauffer délicatement. Malheureusement, les traitements peuvent aller jusqu'à l'amputation. Sans oublier que la prise en charge de la douleur est importante.

Finalement, en quelques phrases, donnez envie aux pharmaciens qui nous lisent de suivre votre cours (référence ci-dessous), qu'est ce qu'ils vont apprendre de vraiment utile pour leur travail quotidien en pharmacie d'officine ?
Vous avez envie de développer vos compétences sur le sujet de la brûlure et de passer une journée dynamique en traitant d’un sujet dont vous avez peu entendu parler ? ARDEAT vous offre la possibilité d'acquérir et mettre en pratique des outils utiles dans la prise en charge de la personne brûlée. Vous êtes des acteurs proches des citoyens et la population vous fait confiance. Votre rôle de conseilleur et d'observateur est primordial. ARDEAT souhaite vous soutenir dans ces devoirs. Soyez curieux et faites partie de ce projet d'intérêt public: améliorer la prévention des brûlures et la qualité de prise en soin des personnes brûlées. C'est avec grand enthousiasme que je partagerai avec vous la journée de formation. N'hésitez pas à me contacter pour plus d'informations. Pour s'inscrire pour le 18.03.21: www.ardeat.ch/professionnels-de-santé


Le 25 février 2021. Interview réalisé par e-mail par Pharmapro.ch (Xavier Gruffat) et Charlotte Wautelet en février 2021.
Remarque : Pharmapro Sàrl ne touche pas de commission sur la formation continue en question. 

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