Interview avec un jeune pharmacien de l’industrie pharmaceutique


BÂLE - Dr Toni Widmer est un jeune pharmacien de l’industrie pharmaceutique, il travaille actuellement pour la société Novartis. Il est aussi membre de la Société suisse des pharmacien(ne)s de l’industrie (GSIA). Pharmapro.ch a pu lui poser quelques questions par e-mail dans le but de montrer aux jeunes pharmaciens et surtout étudiants un domaine de carrière possible.

Xavier Gruffat (Pharmapro.ch) - Pharmapro a sponsorisé le week-end national des étudiants en pharmacie (NPSW) fin octobre 2019 à Bâle. Lors d'une présentation du GSIA, vous avez intitulé votre présentation ainsi : « Quels sont les parcours professionnels des pharmaciens ? Selon vous, quelles sont les possibilités qui s'offrent aux pharmaciens dans l'industrie pharmaceutique ?
Dr Toni Widmer - Les possibilités sont infinies. Du scientifique de laboratoire à la gestion de projet ou aux activités opérationnelles, en passant par l'assurance qualité. Même le marketing, la comptabilité et la finance sont possibles. Mais parfois un peu de patience est importante, on développe ses capacités professionnelles avec de l’expérience et ses forces personnelles ou les intérêts dans la position.

L'Université de Bâle et l'ETH Zurich (EPFZ) offrent la possibilité d’effectuer un Master spécialisé dans l'industrie pharmaceutique sous le titre Drug Sciences (Bâle) ou Pharmaceutical Sciences (Zurich). Pouvez-vous nous en parler ? Est-ce la meilleure façon de travailler dans l'industrie pharmaceutique ? Qu'arrive-t-il si quelqu'un fait un master en pharmacie d’officine et veut quand même travailler dans l'industrie par la suite ?
Je ne vois pas d'inconvénients à prendre pied dans l'industrie par l'intermédiaire d’une formation (master) en pharmacie d’officine ou d’hôpital. Cependant, je vois beaucoup d'avantages avec les masters spécialisés (ex. Drug Sciences). Le plus important est le contact direct avec les gens qui travaillent dans l'industrie. Ce sont d'excellents points de départ pour une carrière dans l'industrie.
Lorsque j'ai étudié la pharmacie à Zurich au début des années 2000, j'ai entendu ou lu que chez Roche ou Novartis (ou d'autres grandes entreprises pharmaceutiques), seulement 1% environ des employés sont pharmaciens. Par exemple, il y aurait beaucoup plus de biologistes. À votre avis, y a-t-il eu des changements ? Ce nouveau master a-t-il déjà une influence sur le nombre de pharmaciens dans l'industrie ?
Ce nombre est plutôt une conséquence des nombreux domaines qui sont nécessaires dans une grande entreprise pharmaceutique. La plupart des pharmaciens travaillent dans le développement, la production, l'enregistrement et la qualité. Ce n'est qu'une petite partie. Dans les domaines susmentionnés, cependant, la proportion de pharmaciens est dix à vingt fois plus élevée. Le large éventail de connaissances que l'on apporte en tant que pharmacien est une qualité unique.

Pharmapro est la principale plateforme d'offres d'emploi pour les pharmacies d’officine et nous constatons que les pharmacies ont souvent de la difficulté à trouver de nouveaux employés (pharmacien) pour leur officine ou filiale pour les chaînes. Autrement dit, croyez-vous que les jeunes diplômés s'orientent de plus en plus vers l'industrie au lieu de commencer une carrière dans une pharmacie d’officine ?
Je pense que le profil d'exigences est très différent.  À mon avis, le/a pharmacien/ne se concentre davantage sur le client et la gestion d'une petite entreprise. Le profil de l'industrie est davantage axé sur le travail au sein d'une organisation matricielle. J'ai toutefois l'impression que la majorité des diplômés continuent d'aller travailler à l’officine, en tout cas à un moment de leur carrière.

Recommandez-vous aux pharmaciens qui travaillent dans la vente ou le marketing d'obtenir un MBA (Master of Business & Administration) ou un master supplémentaire ? Est-ce qu'un MBA est toujours bien vu ?
Je pense que cela dépend beaucoup du domaine d'activité. Si vous voulez vous lancer dans la comptabilité et la finance, vous pourriez être bien servi avec un MBA. Cependant, il n'y a pas beaucoup de diplômés MBA dans mon environnement.

Vous travaillez actuellement chez Novartis. Pourriez-vous nous décrire votre rôle et vos responsabilités ? À quoi ressemble une journée de travail "normale" ?
Je suis diplômé d'un master en sciences industrielles et pharmaceutiques (en anglais : Master in Industrial and Pharmaceutical Sciences) de l’EPFZ et j'ai terminé mon mémoire de master chez Novartis. Ce poste s'est transformé en doctorat (PhD) et en poste permanent. Le point de départ était une conférence dans le cadre du programme du master en développement de médicaments.

Mon travail est très varié, nous sommes un petit groupe à l'interface de la recherche. En collaboration avec les équipes, nous sélectionnons les meilleurs composés chimiques et développons une stratégie pour apporter la connexion à la clinique de façon fluide. Cela implique de nombreuses étapes itératives (ndlr. avec des changements). Les nouveaux résultats proviennent du laboratoire et doivent être mis en contexte en fonction de la stratégie de l'entreprise. C'est là que la formation pharmaceutique est utile, car nous échangeons des idées avec des chimistes, des biologistes, des toxicologues, des experts en pharmacocinétique, des gestionnaires de projets et bien plus encore. Chaque nouveau résultat peut influencer le plan en cours. Il ne s'agit pas seulement de science pure, mais aussi de stratégie, de communication et de gestion de projet. De plus, nous exerçons nos activités à l'échelle mondiale. Les données sont générées là où les ressources sont disponibles. C'est parfois difficile en raison des différences culturelles des personnes concernées.

13.12.2019. Par Pharmapro.ch (Xavier Gruffat et Dr Patrick Eichenberger). Remarque : interview réalisé en anglais et allemand, l’original est disponible ici : https://www.pharmapro.ch/de/blog/interview-mit-dr-toni-widmer-apotheker-und-mitglied-der-gsia.htm

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