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Interview avec un jeune pharmacien, Benjamin Bugnon

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ARTICLE POUR PROFESSIONNELS 
Domaine : interview de pharmaciens

Ce mois-ci, Pharmapro vous propose l’interview de Benjamin Bugnon, un jeune pharmacien tout fraîchement diplômé, mais bien connu du milieu pharmaceutique. Il a été notamment très actif au sein de l’ASEP. Il a également étudié en Australie et aux Pays-Bas, ce qui lui a donné une vision large de la pharmacie, avec tous ses enjeux dans le système de santé. Une définition du pharmacien que M. Bugnon apprécie est : « un fournisseur de solutions de santé ».

1. Quel est votre parcours professionnel (études, postes occupés) en quelques mots ?

Professionnel ? Pour l’instant, je ne l’ai été que « semi » en tant qu’arbitre de basket-ball au niveau Suisse. Je viens de terminer mes études de pharmacie avec le diplôme fédéral à la clé en septembre 2016, puis j’ai directement enchaîné avec un second master en sciences sur l’innovation dans les services de santé au Pays-Bas, à l’Université de Maastricht. Ce master d’une année me permet d’élargir mes connaissances sur les défis des systèmes de santé, en abordant des aspects organisationnels, managériaux et politiques. Dès mi-avril 2017, je vais commencer mon travail de master sur le projet « Plan de médication partagé » avec un stage au Service de la santé publique du canton de Vaud. J’aimerais étudier les facteurs influençant l’implémentation de modèles de soins coordonnés avec l’aide des technologies de l’information (e-Health).

Mon parcours d’étudiant en pharmacie a été très varié ; j’ai toujours eu l’envie d’entreprendre pour découvrir et contribuer. L’association suisse des étudiants en pharmacie (asep) m’a apporté un terrain de jeu unique, en me permettant de participer à l’organisation d‘événements d’envergure, comme le congrès international et interprofessionnel WHSS en 2013 (250 participants, 5 jours, CHF200'000 de budget). J’ai aussi pu contribuer au développement de l’association en orientant notre stratégie, partageant mes expériences avec la relève et en représentant les étudiants auprès des institutions professionnelles, comme à l’assemblée des délégués de pharmaSuisse. De plus, j’ai réalisé mon travail de master en Pharmacie pratique à l’Université de Sydney, en Australie. Toutes ces rencontres avec de nombreux étudiants et pharmaciens ont été une source d’inspiration et d’énergie qui m’ont motivé tout au long de mes études rythmées par les examens.

2. Pourquoi étudier la pharmacie de nos jours ?

En étudiant l’entier du circuit du médicament, de sa création au laboratoire à son utilisation par le patient, cette formation de base offre de très nombreuses opportunités dans les domaines des sciences de la vie et médicales, tout en étant proche de la société (santé publique, économie, droit, politique du médicament). La sécurité de trouver un emploi est bonne, mais comme pour la majorité des formations universitaires, les opportunités demandent à chacun d’investir dans son propre projet professionnel. « Pharmacien » c’est un statut de base, qui se décline en de nombreux métiers différents dans plusieurs secteurs, donc des quotidiens différents, des responsabilités diverses, des projets variés, autour de valeurs communes ou parfois divergentes.

3. Que pensez-vous de cette phrase "Le client/patient est le roi (ou au centre) de toutes les attentions" ?

Un patient est une personne membre d’une communauté, avant d’être un malade. La vision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment évolué de « patient-centered » et « person-centered » à « people-centered ». Le patient et sa communauté doivent donc être au centre des soins en tant qu’acteur à part entière. Les professionnels de la santé doivent coordonner leurs efforts autour des attentes des personnes et des objectifs de santé publique. Les pharmaciens doivent apporter leurs compétences spécifiques au service de cette vision.

4. Dans quel domaine le pharmacien peut-il être utile pour la société, autrement dit quelle est la valeur ajoutée du pharmacien en 2017 ?

J’aime la définition du pharmacien comme « un fournisseur de solutions de santé », présentée par Luc Besançon (CEO de la Fédération Internationale Pharmaceutique - FIP).

Le pharmacien se doit donc d’innover pour évoluer avec son temps. Pour l’officine, le pharmacien a une position favorable pour contribuer à l’amélioration continue de l’usage responsable des médicaments, à l’accompagnement des patients chroniques (particulièrement l’adhésion), au développement de soins intégrés centré sur la communauté (call for action de l’OMS en 2016), aux enjeux de la digitalisation, et à l’accès à la médecine personnalisée.

5. Avez-vous un rêve, une ambition professionnelle ? 

L’innovation est souvent créée par des businessmen, des ingénieurs, et pas assez par les professionnels de santé et les patients eux-mêmes. Les enjeux des systèmes de santé sont complexes, et nécessitent donc des approches complexes et multidisciplinaires. J’espère pouvoir connecter les visions, les idées et les gens. Mon ambition est de pouvoir ainsi contribuer aux innovations qui vont optimiser nos systèmes de santé.

6. Que pensez-vous apporter ou vouloir apporter à la profession ?

Comme je suis convaincu que le pharmacien peut être un acteur du système de santé, j’aimerais être un développeur de solutions en allant explorer au-delà des frontières du petit monde de la pharmacie et en apportant mon dynamisme aux projets de la profession.

Je ne suis encore qu’étudiant ; ma première étape professionnelle commence à partir d’août 2017 et différentes options se présentent à moi. L’implémentation d’innovations technologiques dans la pratique des acteurs de soins m’intéresse (particulièrement la e-Santé). J’aimerais également approfondir mes connaissances « business » pour compléter mes connaissances des systèmes des santés et de la pharmacie. Et si possible, j’aimerais garder un contact avec les patients et la pratique.

7. Quel est le plus grand défi (challenge) dans la profession de pharmacien ?

Le pharmacien lui-même. Le leadership et la capacité d’entreprendre de la communauté des pharmaciens sont les facteurs clés pour réussir à suivre notre monde en mouvement.

Le petit nombre de pharmaciens et la difficulté grandissante de l’officine à attirer « les talents » (pour reprendre le jargon des entreprises) affaiblissent sa position dans l’organisation des services de santé. La concurrence est globale et rude. Après le bac, les aspirants leaders et entrepreneurs choisissent souvent d’autres voies d’études universitaires. Il y a 20-50 ans, plus d’étudiants attirés par les sciences choisissaient la pharmacie avec l’envie d’une carrière passionnante d’entrepreneur indépendant, notamment en officine. Ces pharmaciens entrepreneurs ont aussi fait preuve d’initiative au niveau politique et ont fait innover leur environnement (p.ex. informatisation, assurance qualité en officine, cercles de qualité, etc.).

Actuellement, les étudiants avec le plus d’ambition positive semblent moins attirés par la pharmacie d’officine. Les plus motivés (qui n’ont pas été trop déçus lors de leur stage d’assistanat) qui se lancent en officine sont trop souvent « bridés » et étouffés dans les routines et les structures organisationnelles figées. Pourtant, j’ai rencontré de nombreux pharmaciens d’officines innovants qui ont suivi des parcours professionnels variés et riches. J’ai essayé de partager au mieux le fruit de ces rencontres au niveau des associations d’étudiants en Suisse et à l’international. Les jeunes « talents » ne s’en rendent pas assez compte. Les pharmaciens, entreprises et associations professionnelles devraient se réunir pour faire évoluer leurs propositions de perspectives professionnelles en pharmacie communautaire. On voit trop d’étudiants attirés par le rêve de « carrières » véhiculé par les sites web de l’industrie pharmaceutique, alors que leurs intérêts pour les gens et la santé sont grands.

Il y a pleins de solutions émergentes qui peuvent être développées au niveau individuel et/ou collectif. Le défi est donc que les pharmaciens croient en eux-mêmes en tant qu’acteurs du système de santé, et ne se contentent pas du rôle de simple exécutant. Derrière tout défi il y a des opportunités à saisir.

8. Comment faire pour améliorer la relation et collaboration entre pharmaciens, médecins et autres acteurs du système de santé ?

La collaboration n’est pas un but final en soi, c’est un moyen logique de fournir des soins centrés sur le patient avec une qualité, une efficience et une sécurité optimales. Il faut donc partager cette vision et imaginer des services ou des programmes qui visent des objectifs communs ; il s’agit de donner un sens à la collaboration interprofessionnelle.

9. Comment lutter contre la baisse continuelle du prix des médicaments sur ordonnance décidée par le Conseil Fédéral, de quels moyens concrets disposent les pharmaciens et leurs associations professionnelles ?

pharmaSuisse est engagé dans ce débat complexe. Il est donc important que chaque pharmacien soutienne leur action de politique professionnelle en étant membre. Mais pharmaSuisse et les associations cantonales ont aussi besoin de ressources humaines en terme de compétence et de relève. L’engagement des jeunes me tient particulièrement à coeur.

Mais l’opinion publique dépend beaucoup des relations de proximité. Le pharmacien est en contact quotidien avec la population et doit donc se montrer exemplaire. Il est important de participer à l’information du public, surtout quand la thématique est traitée dans les médias. Il s’agit notamment d’expliquer que le prix d’un médicament n’est pas synonyme de coût. Le coût est une notion plus complexe qui intègre la question du volume consommé, de l’impact clinique et de la sécurité des médicaments. Concernant le prix, il s’agit de bien distinguer la part qui dépend des salaires suisses qui sont évidemment plus élevés que les salaires européens. Chaque pharmacien devrait utiliser ses relais personnels pour enrichir le débat.

10. Finalement, êtes-vous plutôt thé ou café ?

Chaque moment a sa boisson.

Par Van Nguyen (Pharmacienne). Pharmapro Sàrl. Le 13 mars 2017. 

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