Un psychologue dans une pharmacie ? La nouvelle idée venue des États-Unis en cette période de pandémie

Recevoir les médicaments et les soins au même endroit


NEW YORK - Aux États-Unis, au moins trois grandes chaînes de pharmacies – Walgreens (en partenariat avec VillageMD), Walmart (via Walmart Health) et plus récemment CVS – ont placé dans certaines de leurs filiales un/e psychologue ou un/e thérapeute. Ces professionnels sont présents dans la pharmacie ou juste à côté. Aux États-Unis, la pandémie de Covid-19 a mené notamment à une augmentation des cas de dépression, d'anxiété et d’addictions. La demande pour des soins psychologiques se trouve par conséquent à un niveau élevé. Grâce à une démocratisation de l’accès aux soins psychologiques, ces pharmacies espèrent améliorer la santé mentale des Américains.

Spécificité américaine

Rappelons tout d’abord que les pharmacies aux États-Unis, surtout des chaînes, ressemblent plus à de petites Migros (1M ou 2M) qu’à de petites ou moyennes pharmacies comme on a l’habitude de voir en Suisse ou en Europe. Sun Store, qui a en partie copié le concept des drugstores dans les années 1970, se rapproche plus des pharmacies Walgreens ou CVS, mais pour des raisons légales, une pharmacie suisse ne peut pas vendre des produits "purement" alimentaires (ex. fruits, viande, oeufs, etc.). Cela signifie que le chiffre d’affaires d’une pharmacie de chaîne aux États-Unis est en général supérieur à celui réalisé en Suisse. Beaucoup plus de monde passent dans ces pharmacies américaines, surtout si elles sont situées dans des endroits très bien localisés.

L’exemple positif de CVS

La gigantesque chaîne de pharmacie CVS, presque 10'000 points de vente aux États-Unis avec un chiffre d'affaires global en 2020 de plus de 260 milliards de dollars (presque 3 fois celui de Nestlé), a commencé au début de l’année 2021 à placer des fournisseurs de soins psychologiques (en anglais des États-Unis : mental-health providers) souvent spécialisés en thérapie cognitivo-comportementale dans 13 pharmacies différentes à travers plusieurs villes américaines. Les thérapeutes ne sont pas supposés voir un patient plus de 5 à 6 fois, les cas les plus graves sont donc transférés vers des psychologues de ville ou d’hôpital. Ce projet pilote a surpris de façon positive les cadres de CVS, comme l’explique le Wall Street Journal dans une édition de fin août 2021. CVS a noté que beaucoup de patients ou clients désiraient une seconde consultation psychologique, la preuve d’un service répondant à un besoin. À la suite de ce succès, la chaîne de pharmacie étend actuellement ce programme vers 34 autres filiales. De la publicité pour ce service psychologique, même si elle est relativement discrète, est diffusée directement dans les filiales offrant ce service.

Coûts

Aux États-Unis, chez CVS, l’évaluation psychologique coûte 129 dollars et 30 minutes de conseil revient à 69 dollars. Certains patients ont une assurance permettant de prendre en charge les coûts, d’autres sans assurance peuvent être aidés par des institutions (remarque : le système de santé américain est très complexe, le but de l’article n’est pas de rentrer dans des détails du financement). Chez Wallmart Health, le coût de la première visite est beaucoup plus bas, 60 dollars les 60 minutes.

Guichet unique

Eve Townsend, une assistante sociale agréée et thérapeute au CVS de Jenkintown (au nord de Philadelphie en Pennsylvanie) expliquait à la radio publique américaine NPR : "Pouvoir dire que je peux vous orienter vers cette clinique avec une infirmière praticienne ou que vous pouvez obtenir vos médicaments au même endroit où vous recevez vos services de santé mentale - c'est comme un guichet unique".

Compétition d’Internet

Plusieurs startups se sont créées ces dernières années aux États-Unis pour fournir un accès à distance (on parle de teletherapy en anglais) aux personnes nécessitant des soins psychologiques grâce notamment à un accès à des psychologues par vidéo-conférence. Ces pharmacies comme CVS essaient de fournir une alternative à ces soins virtuels en surfant sur une vague consistant à avoir toujours plus de services de santé fournis directement dans les pharmacies.

En Suisse ?

Il est difficile de savoir si une demande existerait également en Suisse, mais probablement oui à cause de l’impact important de la pandémie sur la santé mentale. Les pharmacies avec une grande surface de vente et bien localisées ou au contraire celles situées dans des endroits reculés (vallées valaisanne ou neuchâteloise, Gros de Vaud) peuvent peut-être imaginer un partenariat avec un psychologue ou un thérapeute. Un local fermé est capital pour maintenir la confidentialité de tout entretien psychologique comme c’est le cas dans le projet pilote de CVS. En Suisse, il s’agira de bien définir le remboursement par les caisses maladie, ce qui nécessite forcément un travail en amont.

Il y aura l’avant et l’après Covid, c’est peut-être une innovation intéressante pour ce « nouveau monde ».

Le 31 août 2021. Par Xavier Gruffat (pharmacien, MBA). Il a vécu aux États-Unis (Californie) pendant de nombreux mois. Sources principales : The Wall Street Journal, NPR (radio publique américaine de qualité), Wikipedia.org en anglais. 

 

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