1 patient sur 3 atteint d’hypertension ne prend pas correctement ses médicaments


LEICESTER - Une personne sur trois qui souffre d’hypertension ne prend pas correctement les médicaments prescrits par le médecin, comme vient de le montrer une étude menée notamment par l’Université de Leicester au Royaume-Uni. Pour arriver à ces conclusions, les scientifiques ont utilisé un nouveau test urinaire analysant des échantillons d’urine provenant d’environ 25 cliniques spécialisées dans l’hypertension au Royaume-Uni. Les jeunes patients et les femmes étaient des groupes particulièrement à risque de non-observance.

Cette étude réalisée sur 1'400 patients, conduite en collaboration entre des universités de Leicester, Manchester et de Tchéquie, a utilisé un nouveau test urinaire permettant une identification moléculaire des médicaments hypotenseurs. Ils ont découvert que la mauvaise ou non- observance (en anglais non-adherence) de médicaments prescrits variait entre 30 et 40%.

Observance thérapeutique

La mauvaise observance thérapeutique est déjà connue depuis le temps du célèbre médecin grec Hippocrate. Ce problème est l’une des principales causes de l’échec de stabilisation de la tension à des niveaux sains. Dans cette étude, la non-observance représentait au moins 50% des cas de mauvaise prise en charge de la tension chez les patients, malgré le fait que les patients disposaient de médicaments de qualité. 

Comment mesurer l’observance ?

Cette mauvaise observance représente un coût élevé pour les systèmes de santé. Une raison cruciale pour ce manque de progrès dans l’amélioration de l’observance provient d’une absence de données analytiques cliniques, utiles pour mesurer la prise ou non des médicaments par les patients. Autrement dit, jusqu’à présent la situation était surtout basée sur les affirmations du patient sans véritable moyen de prouver sa véracité. Il n'existait pas de tests simples à utiliser.

C’est notamment pour cette raison que cette équipe de chercheurs principalement anglais a travaillé pour développer une méthode de dépistage biochimique robuste et fiable pour évaluer la non-observance de médicaments antihypertenseurs prescrits par le médecin dans l’urine ou le sang en utilisant une technique appelée chromatographie liquide-spectrométrie de masse en tandem (en anglais : liquid chromatography-tandem mass spectrometry).

Pour réaliser leur travail, ils ont reçu des échantillons d’urine de patients provenant d’environ 25 cliniques spécialisées dans l’hypertension à travers le Royaume-Uni.

Plus de médicaments prescrits, plus de risque de non-observance

L’étude a montré que plus de 41,6% des Britanniques pris en compte ne prenaient pas correctement (en anglais non-adherent) leurs médicaments contre l’hypertension. Les mêmes analyses réalisées en Tchéquie ont montré que ce chiffre était de 31,5%. De façon encore plus grave, 14,5% des personnes de l'étude britannique et 12% de l'étude tchèque ne prenaient aucun médicament, c'est-à-dire une non-observance totale. La non-observance était liée au nombre de médicaments prescrits, avec un risque augmenté de plus de 75% à chaque nouveau médicament prescrit, le risque était le plus haut avec la prise de diurétiques (une classe de médicaments hypotenseurs). De plus, les jeunes patients et les femmes avaient plus tendance à ne pas prendre correctement les hypotenseurs prescrits.

Le médecin doit en tenir compte

Le Dr Pankaj Gupta de l’Université de Leicester qui a mené ce travail explique dans un communiqué de l’étude : « En fonction de la haute prévalence de non-observance, nous devrions évaluer ou analyser les patients, en particulier ceux qui prennent plusieurs médicaments hypotenseurs ou ceux qui n’ont pas une réponse attendue au traitement. » Effectivement, une question simple que le médecin, mais aussi le pharmacien devraient toujours plus poser est : « Prenez-vous correctement vos médicaments ? ». À défaut d’avoir une réponse satisfaisante, des tests comme ceux développés par les chercheurs anglais et tchèques sont très sensés.

Le Dr Gupta estime que ce test est simple, relativement bon marché et robuste. Il a permis de changer la gestion de l'hypertension dans de nombreux centres qui l'utilisent.

Les chercheurs espèrent maintenant pouvoir vérifier si les patients non-observants qui ont passé ce test ont pu (re)commencer à prendre correctement les médicaments et qu'une amélioration de leur tension pouvait être constatée.

Étude française

Une étude datant aussi de 2017, réalisée en France, a montré qu’entre 4 et 9 patients sur 10 ne suivaient pas correctement leur traitement médical. Les patients atteints de maladies chroniques comme le diabète, l’asthme, mais aussi, et justement l’hypertension, semblaient particulièrement concernés par cette mauvaise observance thérapeutique. Cette étude française a porté sur l’ensemble des médicaments et pas spécifiquement sur les hypotenseurs comme l’étude britannique et tchèque mentionnée ci-dessus. L’étude française a été réalisée par le QuintilesIMS et le Cercle de Réflexion de l’industrie pharmaceutique (CRIP).

Aux États-Unis, des études ont également montré qu’un nombre très important de patients ne prenaient pas toujours les médicaments prescrits, y compris après un infarctus du myocarde ou une greffe d'organe. On estime que la non-observance thérapeutique seulement dans le domaine cardiovasculaire coûte 100 milliards de dollars à l’économie américaine. 

Le 25 mai 2017. Par Xavier Gruffat (Pharmacien). Sources : Communiqué de presse de l’étude (en anglais), 20 Minutes (France), NPR (National Public Radio, USA).

Référence de l’étude mentionnée dans les premiers paragraphes de l’article : 'Risk factors for nonadherence to antihypertensive treatment, published in the journal Hypertension', is available via DOI: 10.1161/HYPERTENSIONAHA.116.08729

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