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Le microbiome intestinal peut affecter l'absorption de certains médicaments antidiabétiques

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Interview exclusive  - Contenu exclusif sur Pharmapro.ch

WINSTON / SALEM - Le microbiome intestinal, anciennement appelé flore intestinale, peut affecter l'absorption de certains médicaments antidiabétiques. Cela permettrait d'expliquer pourquoi certains médicaments contre le diabète administrés par voie orale sont efficaces chez certaines personnes et pas chez d'autres.

Pour arriver à ces conclusions, des chercheurs américains de la Wake Forest School of Medicine ont passé au crible plus de 100 études publiées à ce sujet sur des humains ou rongeurs. L'équipe de scientifiques a examiné ces études afin de savoir comment les bactéries intestinales améliorent ou inhibent l'efficacité d'un médicament. « Par exemple, certains médicaments fonctionnent bien lorsqu'ils sont administrés par voie intraveineuse et vont directement dans la circulation sanguine, mais lorsqu'ils sont pris par voie orale et passent dans l'intestin, ils ne fonctionnent pas », a affirmé dans un communiqué de l'étude le Dr Hariom Yadav, professeur adjoint de médecine moléculaire à l'École de médecine, une division du Wake Forest Baptist Medical Center. Le professeur poursuit : « Inversement, la metformine, un médicament couramment utilisé contre le diabète, est plus efficace lorsqu'elle est administrée par voie orale, mais elle ne l'est pas lorsqu'elle est administrée par voie IV ».

Cette étude a notamment porté sur les interactions entre les médicaments antidiabétiques les plus couramment prescrits et le microbiome. Avant d'être absorbés dans la circulation sanguine, de nombreux médicaments administrés par voie orale sont métabolisés par des enzymes microbiennes intestinales. Par conséquent, le microbiome intestinal influence le métabolisme des médicaments.

Le Prof. Yadav explique dans un communiqué : « Nous pensons que les différences dans le microbiome d'un individu aident à expliquer pourquoi les médicaments auront une efficacité optimale de 90 ou 50 %, mais jamais 100 % ».

Cette étude a été publiée online le 13 décembre 2018 dans le journal scientifique EBioMedicine (DOI : 10.1016/j.ebiom.2018.11.046).

Interview

Afin de mieux comprendre certains aspects, Pharmapro.ch a pu poser des questions par e-mail au Prof. Yadav :

Pharmapro.ch (Xavier Gruffat) - Dans le communiqué de presse, vous avez mentionné que la metformine fonctionne mieux lorsqu'elle est administrée par voie orale, mais qu'elle ne fonctionne pas lorsqu'elle est administrée par voie intraveineuse, pourriez-vous expliquer les raisons de cette différence intéressante, peut-être en termes de métabolisme ?

Prof. Yadav - C'est parce que la metformine manipule le microbiome et les bactéries qui ont augmenté après le traitement à la metformine ont plusieurs effets bénéfiques comme par exemple :

1. Une concentration plus élevée de l'espèce [bactérienne] Akkermansia muciniphila qui est connue pour avoir un effet anti-inflammatoire (l'inflammation est élevée chez les personnes obèses ou souffrant de diabète, ce qui contribue à la résistance à l'insuline)

2. La metformine augmente des métabolites utiles comme des acides gras à chaîne courte, l'acétate, le propionate ou le butyrate. Ces molécules sont connues pour améliorer le diabète et l'obésité.

Avez-vous remarqué un médicament antidiabétique qui est presque l'inverse de la metformine, c'est-à-dire qui fonctionne lorsqu'il est administré par voie intraveineuse mais qui ne fonctionne pas bien lorsqu'il est administré par voie orale ?

Sans être sûr à 100%, je ne crois pas qu'il y ait un exemple. Normalement, la voie orale est la voie préférentielle pour le développement de tout médicament pharmaceutique, cependant, en raison des limites des propriétés de la molécule, d'autres voies d'administration sont adoptées. Par exemple, les médicaments antidiabétiques comme l'insuline et les agonistes du GLP-1 sont administrés par voie IV/IP, parce qu'ils sont de nature protéique et qu'ils seront très probablement digérés s'ils sont administrés par voie orale.

Cependant, la réponse des agonistes du GLP-1 et des traitements à l'insuline varie beaucoup d'une personne à l'autre, parce qu'une personne peut avoir un microbiome intestinal différent des autres, mais en même temps adopter des régimes différents. Il s'agit d'une interaction complexe entre les médicaments, les microorganismes hôtes et les régimes alimentaires pour réguler la glycémie et le métabolisme, et peut aller dans les deux sens, ce qui signifie que les médicaments ayant une incidence sur le métabolisme de l'hôte peuvent avoir une incidence sur le microbiome intestinal, mais en même temps, les changements au niveau du microbiome intestinal peuvent avoir une incidence sur la réponse du médicament pour réduire la glycémie et autres fonctions métaboliques.

Avez-vous remarqué des différences importantes entre les classes de médicaments antidiabétiques comme les analogues des récepteurs GLP-1 (exenatide, liraglutide, dulaglutide, semaglutide, lixisenatide) ou les inhibiteurs de la DPP-4 (alogliptinum) ou même l'insuline et l'impact du microbiome ?

C'est une question intéressante, jusqu'à présent inconnue, mais nous l'étudions dans nos expériences actuelles.

Y a-t-il des conseils que les personnes qui prennent des antidiabétiques pourraient suivre pour réduire l'impact du microbiome, comme la prise de probiotiques ?

Oui, il y a des preuves que chaque indice glycémique individuel est différent pour un même aliment, en raison des différences dans leur microbiome intestinal. Il y a un nouvel outil récemment lancé (appelé : DayTwo : https://www.daytwo.com/) qui donne aux gens une idée de la façon dont ils peuvent mieux contrôler leur glycémie, tout en nourrissant leur microbiome intestinal avec des médicaments plus efficaces.

Le 13 décembre 2018. Par Xavier Gruffat (pharmacien). Sources : Communiqué de presse (www.wakehealth.edu), interview avec le Prof. Yadav. Référence scientifique: EBioMedicine (DOI: 10.1016/j.ebiom.2018.11.046). Remarque: l'interview avec le Prof. Yadav a été réalisée en anglais par e-mail entre les 12 et 13 décembre 2018 par Xavier Gruffat. Crédits photos : Adobe Stock.

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