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Pharmacie d'hôpital : le nombre d'erreurs médicamenteuses diminue

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Pharmacie d'hôpital : le nombre d'erreurs médicamenteuses diminue massivement lorsque le pharmacien prend les antécédents des médicaments

LOS ANGELES - Lorsque des pharmaciens, et non des médecins ou infirmières, prennent en compte l'histoire de la prise de médicaments (medication) aux urgences, les erreurs dans les ordonnances et commandes de médicaments peuvent être réduites de plus de 80%, selon une étude menée par le Cedars-Sinai, une clinique privée réputée de Los Angeles (Californie). En réaction à ces résultats, le Cedars-Sinai affecte maintenant des pharmaciens ou du personnel formé en pharmacie pour prendre en compte les antécédents de médicaments pour les patients à haut risque admis à l'hôpital dans le service d'urgence. Les pharmaciens doivent parfois agir comme "Les Experts" de la fameuse série américaine.

Les conséquences négatives pour la santé de l'utilisation de médicaments comptent parmi les types les plus courants de dommages et blessures aux patients hospitalisés aux États-Unis, affectant des centaines de milliers de patients chaque année. Selon Rita Shane (PharmD), cheffe de la pharmacie au Cedars-Sinai, les erreurs dans les antécédents pharmaceutiques contribuent de manière significative à ces problèmes. Ces erreurs peuvent amener les médecins à prescrire ou commander le mauvais médicament, la mauvaise dose ou faire des erreurs dans la fréquence.

Les dossiers de santé électroniques (en anglais : electronic health records) pour les patients, bien qu'utiles, ne sont pas une panacée. « Dans les systèmes de soins de santé, les erreurs introduites dans le dossier par des personnes ayant divers niveaux de connaissances peuvent devenir problématiques et utilisées pour prescrire des médicaments pouvant nuire », explique la Dresse Shane qui a participé à cette étude.

Énorme défi aux urgences

Le Dr Oshua Pevnick (MD) qui est le premier auteur de cette étude et directeur adjoint de la Division informatique ainsi que professeur adjoint de médecine au Cedars-Sinai, a déclaré que l'établissement d'antécédents pharmaceutiques précis posait un «énorme défi», en particulier dans les services d'urgence des hôpitaux.

«La pratique courante aux États-Unis est que les médecins et les infirmières prennent ces antécédents, en même temps qu'ils dispensent et coordonnent les soins aux patients», a déclaré le Dr Pevnick, professeur adjoint de médecine à Cedars-Sinai. "C'est pourquoi il est si utile d'assigner cette tâche aux experts en pharmacie, dont le seul rôle est de noter ces antécédents".

Jusqu'à 80% moins d'erreurs

Dans l'étude, les chercheurs ont pris en compte 306 patients médicalement complexes au Cedars-Sinai qui prenaient 10 médicaments sur ordonnance (Rx) ou plus et avaient des antécédents d'insuffisance cardiaque ou d'autres maladies sérieuses. L'étude a révélé que lorsque les pharmaciens ou les techniciens en pharmacie, au lieu du personnel médical (ex. infirmière, médecin), prenaient les antécédents de ces patients aux urgences du Cedars-Sinai, les erreurs dans les antécédents et les ordonnances de médicaments ont diminué de plus de 80%. En conséquence, beaucoup moins d'erreurs ont été commises lors de l'hospitalisation.

Le Cedars-Sinai confie maintenant au personnel de la pharmacie la prise des antécédents de médicaments pour certains patients à haut risque qui sont admis à l'hôpital après avoir reçu un traitement aux urgences de la clinique, a déclaré la Dresse Shane. Ces patients incluent les personnes âgées et dépendantes à plusieurs médicaments. Le fait que le personnel de la pharmacie s'acquitte de cette fonction permet aux médecins et aux infirmières de se concentrer sur des besoins de soin spécifiques aux patients, a-t-elle expliqué.

Urgences, des problèmes particuliers

Les patients du service des urgences posent des défis particuliers. Ils peuvent notamment être incapables de communiquer certaines informations parce qu'ils sont inconscients ou en lutte avec un grave problème de santé. Par exemple, une liste de médicaments trouvée dans le portefeuille d'une personne admise aux urgences peut être pour un membre de la famille et pas pour le patient lui-même, ce qui augmente le risque de confusion.

Comme dans "Les Experts"

"Il peut y avoir beaucoup d'enquêtes de type CSI (ndlr. en français série appelée Les Experts, ex. Les Experts Miami)", a déclaré le pharmacien qui travaille au Cedars-Sinai, Jesse Wisniewski (PharmD) se référant à la série télévisée mettant en scène des enquêtes criminelles. Dans les cas complexes, a ajouté le Dr Wisniewski, il peut passer 40 minutes ou plus à noter un historique des médicaments pour un patient du service des urgences.

L'étude et la résolution des erreurs liées à l'historique des médicaments sont le fruit d'un effort de coopération continu à Cedars-Sinai, auquel participent les départements des services pharmaceutiques, de la médecine et des sciences biomédicales. L'initiative continue de prendre de l'ampleur, et des projets sont en cours pour fournir au personnel de la pharmacie des examens de médicaments pour un plus grand nombre de patients du service des urgences et des patients hospitalisés, a indiqué la Dresse Shane.

Ce travail de recherche a été publié online le 6 octobre 2017 dans le journal scientifique BMJ Quality & Safety (DOI : 10.1136/bmjqs-2017-006761).

Pharmacien valorisé

Aux États-Unis, le pharmacien d'hôpital est toujours plus valorisé par le système de santé avec notamment de plus en plus de collaborations entre médecins et pharmaciens comme c'est le cas par exemple en Iowa à l'hôpital principal de l'Université de l'Iowa (en anglais : University of Iowa Hospitals & Clinics). Le salaire d'un pharmacien d'hôpital peut être de plus de 100'000 dollars par année (ce qui en Suisse représente passablement plus que CHF100'000, car le coût de la vie est en général moins cher aux États-Unis qu'en Suisse ainsi que la charge fiscale). Ces dernières informations proviennent d'une présentation suivie par Pharmapro.ch en novembre 2017 à San Diego lors du congrès américain de rhumatologie (ACR). La pharmacienne Jessica Lynton (PharmD) de l'Université de l'Iowa qui travaille notamment dans le domaine pédiatrique a affirmé avant de tenir sa présentation au congrès ACR : "J'espère montrer à l'audience que les pharmaciens ne peuvent pas seulement aider les patients, mais aussi les infirmières et les médecins." Cette étude publiée dans le BMJ Quality & Safety semble lui donne raison.

Le 5 décembre 2017. Par Xavier Gruffat (pharmacien). Source : communiqué de presse en anglais, congrès de rhumatologie (ACR) qui s'est tenu à San Diego en novembre 2017. Référence étude : http://dx.doi.org/10.1136/bmjqs-2017-006761

Crédit photo : CEDARS-SINAI

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