Pharmacologie - Une nouvelle arme contre les bactéries antibiorésistantes (Klebsiella pneumoniae)


GENEVE - Une équipe genevoise a découvert qu’un médicament contre l’herpès permet de lutter contre une bactérie résistante à la plupart des antibiotiques. Cette molécule fragilise la surface protective de la bactérie et la rend plus facile à éliminer par les cellules immunitaires, selon ces résultats publiés dans la revue PLOS ONE.

Klebsiella pneumoniae est à l’origine de nombreuses infections respiratoires, intestinales et urinaires. Du fait de sa résistance à la plupart des antibiotiques courants et de sa très grande virulence, certaines de ses souches peuvent être mortelles pour 40% à 50% des personnes infectées, a indiqué vendredi l'Université de Genève (UNIGE) dans un communiqué.

L'équipe de Pierre Cosson, professeur au Département de physiologie cellulaire et métabolisme de l’UNIGE, a utilisé comme modèle expérimental l’amibe Dictyostelium. Cet organisme unicellulaire a la particularité de se nourrir de bactéries en les capturant et en les ingérant. Des mécanismes que les cellules immunitaires utilisent également pour tuer les pathogènes.

"Nous avons modifié génétiquement cette amibe afin qu’elle nous indique si les bactéries qu’elle rencontrait étaient virulentes ou non. Ce système très simple nous a ensuite permis de tester des milliers de molécules et d’identifier celles qui diminuaient la virulence bactérienne", détaille Pierre Cosson, cité dans le communiqué.

Affaiblir la bactérie sans la tuer

Les scientifiques ont ainsi évalué l’effet sur Klebsiella pneumoniae de centaines de composés disponibles sur le marché, aux indications thérapeutiques les plus diverses. Un médicament contre l’herpès, l’edoxudine, découvert dans les années 1960, s’est révélé particulièrement prometteur.

En altérant la couche de surface qui protège la bactérie de son environnement, ce composé la rend vulnérable. Le système immunitaire de l’hôte peut alors l’éliminer sans grande difficulté.

"Contrairement à un antibiotique, l’edoxudine ne tue pas la bactérie, ce qui limite de fait le risque d’apparition de résistance, un atout majeur d’une telle stratégie anti-virulence", conclut le chercheur. L’efficacité du traitement chez l’être humain doit encore être confirmée.

Le 4 novembre 2022. Sources : Keystone-ATS. Crédits photos: Adobe Stock, Pixabay ou Pharmanetis Sàrl (Creapharma.ch).

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