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Prix des médicaments : le Conseil fédéral met en danger le bon fonctionnement des soins de base

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BERNE - Ces dernières années, le Conseil fédéral a économisé des millions aux dépens des acteurs du système de santé qui fournissent des médicaments. Vendredi dernier, le 14 septembre, il a ouvert au processus de consultation de nouvelles mesures de réduction des coûts de la santé, qui comprennent entre autres l’ajustement de la part relative à la distribution et l’introduction du système de prix de référence. Avec ces mesures, il met en danger le bon fonctionnement des soins de base disponibles en Suisse. Une large alliance rassemblant la Société Suisse des Pharmaciens pharmaSuisse, les Ärzte mit Patientenapotheke APA (médecins avec une pharmacie pour patients), pharmalog.ch et Intergenerika ainsi que la GSASA, l’AGPI, l’association IFAK et le Groupement d’intérêt PME Pharma Suisse fait obstacle à ce que des économies soient réalisées au détriment des soins de santé et de la sécurité des patients. Elle présente des propositions alternatives qui permettent d’économiser un montant réaliste de 500 millions de francs.

Avec les mesures prévues dans le domaine des médicaments, le Conseil fédéral espère réaliser des économies supplémentaires pour freiner l’augmentation des primes dans le secteur de la santé. Une fois de plus, il exerce une pression sur la sécurité de l’approvisionnement par l’intermédiaire des pharmacies, des pharmacies hospitalières et des médecins de famille. Ce fait est d’autant moins compréhensible que de nombreuses mesures ont été mises en œuvre dans ce domaine ces dernières années et que plusieurs centaines de millions de francs ont déjà été économisées. C’est ce qu’a pu calculer Gregor Pfister, directeur associé d’IQVIA Suisse, sur la base des données disponibles. IQVIA est une entreprise qui saisit et évalue les données du système de santé, entre autres pour l’Office fédéral de la santé publique. «Au lieu des 60 millions de francs estimés par l’OFSP, la dernière série de réduction des prix a coûté plus de 190 millions», explique Gregor Pfister. Pour cette année cela signifie en clair pour les acteurs de l’approvisionnement en médicaments (pharmacies, médecins et hôpitaux ) des économies dépassant 40 millions de francs, soit 3 fois plus que prévu. Pourtant, le Conseil fédéral prévoit d’exiger 50 millions de francs supplémentaires dans le cadre des consultations en cours sur les mesures prévues, un chiffre arbitraire selon les partenaires de l’alliance, auquel manque toute correspondance économique réelle.

En dépit de cela, une adaptation de la réglementation devra produire des économies dans la distribution, et l’adaptation de la loi fédérale sur l’assurance-maladie LAMal introduire un système de prix de référence pour les médicaments génériques. Aucun de ces deux modèles n’étant parvenu à une maturité suffisante, ils compromettent inutilement la qualité et la sécurité du bon approvisionnement en médicaments de la population. L’alliance, vaste regroupement des acteurs du secteur, critique donc vivement ces révisions. Des recettes dépassées visant à réduire les coûts n’anticipent en rien les défis auxquels le marché des médicaments est confronté, bien au contraire; les difficultés posées par la sécurité de l’approvisionnement et la sécurité des patients vont encore s’intensifier. C’est pourquoi l’alliance propose des solutions et souhaite élaborer et mettre en œuvre des alternatives en concertation avec l’OFSP.

Les soins de base ressortent perdants. Une adaptation de la part relative à la distribution, sans une indispensable assise commerciale, menace l’existence des pharmacies et celle des médecins de famille disposant d’une pharmacie pour patients.

Une pharmacie sur quatre en difficulté financière

L’adaptation annuelle des prix des médicaments exerce déjà une forte pression sur tous les acteurs qui vendent ou distribuent ces produits. Chaque année s’amenuise la couverture des coûts provenant de la part relative à la distribution, réglementée par le Conseil fédéral. Malgré que d’importants gains d’efficacité dus aux réductions annuelles des prix des médicaments aient été prouvés, les coûts du personnel, des loyers ou de l’infrastructure augmentent en Suisse chaque année. Selon Fabian Vaucher (photo), président de pharmaSuisse, cela place une pharmacie sur quatre en difficulté financière et aggrave la situation des pharmacies dont l’existence est menacée. Si les mesures prévues sont effectivement introduites, Fabian Vaucher envisage un avenir plutôt sombre: «Les adaptations du modèle de prix non seulement réduiront considérablement la gamme de produits disponibles dans les pharmacies, mais dans le pire des cas, elles entraîneront également la fermeture de pharmacies rurales ou de proximité, avec les conséquences que l’on connaît pour les soins de base et les patients.» Or, c’est précisément l’assistance aux patients par un accompagnement thérapeutique de proximité ainsi que la prévention et le conseil dispensés par les pharmacies qui favorisent l’adhésion thérapeutique (compliance). L’alliance est convaincue que la mise en œuvre cohérente de mesures visant à accroître l’adhésion thérapeutique présente un potentiel d’économies annuelles récurrentes d’au moins 100 millions de francs. En outre, 100 millions supplémentaires pourront être dégagés par une distribution de médicaments axée sur les besoins; chaque année, des médicaments inutilisés finissent dans les déchets en raison d’un refus de les prendre ou d’un volume de conditionnement inadéquat.

Le modèle de prix de l’OFSP met en péril les soins de base en Suisse

René Jenny, président de pharmalog.ch, en est convaincu: «Dans les zones rurales en particulier, la sécurité d’approvisionnement sera gravement menacée.» Ceci se révèle particulièrement dans le cas des médicaments innovants et coûteux: comme la majoration de distribution ne couvre pas les coûts, les pharmacies et les médecins n’ont plus les moyens de proposer des médicaments haut de gamme et très bon marché dans leur assortiment. Pour Sven Bradke, directeur général des APA, les choses sont donc très claires: «Moins cher ne signifie pas toujours meilleur, surtout quand il s’agit de la sécurité des patients».

Les génériques ne sont pas facteurs de coûts

Avec l’adaptation proposée de la marge de distribution, même l’objectif de promotion des génériques à faible coût est menacé: les incitations négatives, telles que les sanctions sur les génériques restent en place et seront encore intensifiées. Pourtant, l’alliance est convaincue qu’une pénétration cohérente des génériques pourrait apporter une économie de 150 millions de francs. Paradoxalement, le système de prix de référence du Conseil fédéral affaiblit les alternatives bon marché. Axel Müller, directeur d’Intergenerika, met en garde: «Une pression accrue sur les prix pourrait chasser les fabricants du marché, et les goulets d’étranglement affectant l’approvisionnement deviendront un phénomène quotidien.» Au lieu d’une spécification des prix, Axel Müller demande une augmentation de la pénétration des génériques, qui favoriserait la concurrence et la sélection.

L’alliance propose des mesures constructives et réalistes pour la maîtrise des coûts

La Société Suisse des Pharmaciens pharmaSuisse, les APA, pharmalog.ch et Intergenerika ainsi que la GSASA, l’AGPI, l’association IFAK et le Groupement d’intérêt PME Pharma Suisse réaffirment leur objectif déclaré d’assurer la qualité des soins de base pour la population suisse. Pour ce faire, ils sont prêts à mettre leur expertise et leur capacité d’anticipation au service de mesures durables de maîtrise des coûts, et à investir dans le développement du système suisse de santé. Il convient d’élaborer et de mettre en œuvre en collaboration avec l’OFSP un modèle de fixation et de formation des prix qui soit opérant, une adhésion thérapeutique qui soit cohérente, une diminution des déchets de médicaments ainsi que des incitations alternatives et efficaces pour promouvoir la délivrance de médicaments génériques. Par ces mesures, les acteurs souhaitent contribuer aux économies à hauteur de 500 millions de francs.

Le 19 septembre 2018. Source : communiqué de presse (pharmaSuisse). Crédit photo : pharmaSuisse (Fabian Vaucher, Président Société Suisse des Pharmaciens pharmaSuisse)

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